Fr. Lagrange op

Lorsqu’on osait évoquer devant le Curé d’Ars la légitime satisfaction qu’il aurait pu avoir devant son œuvre, il s’en défendait : « Non, mon ami, ce n’est point là ma tentation. Je n’ai pas de peine à me persuader que ce n’est pas moi qui fais tout cela […] » Cette humilité fit du Curé d’Ars un soleil pour les pauvres, les petits, les abandonnés. Il leur donnait tout. Mgr André Dupleix, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France « Un grand témoin spirituel : saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars » (extrait)

 

Il est à la mode de mettre en valeur le principe de l’amour de soi-même comme préalable à l’amour du prochain. L’homme contemporain, marqué par le stress et la peur, prend soin de lui-même en veillant à équilibrer son existence par le confort et le plaisir. Jésus a parlé de l’amour de soi dans le commandement qui résume toute la Loi : « Tu aimeras le Seigneur Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même ». En réalité, l’enseignement de Jésus comporte un enracinement en Dieu et un don de soi qui diffère des soucis du bien-être. Dans le quotidien, il arrive que l’amour de soi tourne au narcissisme. Albert Lagrange, séminariste à Paris, aspirait à s’aimer en se reniant lui-même pour l’amour de Dieu comme le montre son Journal.

S’aimer et se haïr soi-même »

Journal spirituel inédit du père Lagrange

Séminaire d’Issy-les-Moulineaux, le 21 mars 1879.

« Charité envers nous-mêmes. C’est un cas particulier de la charité envers nos frères. Nous voyons en nous ce qui est voulu de Dieu, nous travaillons à le procurer en nous. Ratio diligendi seipsum, Deus est2. Nous nous cultivons, nous nous perfectionnons, parce que tel est le bon plaisir de Dieu. – Quel terrain élevé ! Quel plus noble usage de son intelligence, de son cœur, que d’introduire dans les autres et en soi-même, le bon plaisir de Dieu : nous cherchons à réaliser l’harmonie que Dieu a conçue.

Cependant l’aspect de cette charité est différent. Notre perfection morale consiste surtout dans la consécration de nous-mêmes au bien général : l’amour-propre est l’adversaire implacable ; lutte acharnée : qui odit animam suam in hoc mundo3. Pratiquer la charité envers soi-même, c’est se haïr soi-même. L’abnégation est la forme pratique de cette vertu.

Il en est autrement à l’égard du prochain : la douceur, la bénignité envers le prochain, la rigueur pour soi sont une seule et même vertu. »4

1 Le 10 de chaque mois, prions ensemble pour la béatification du père Lagrange. Demandez la prière mentionnée sur les marque-pages que vous pouvez recevoir gratuitement en vous adressant à l’Association des amis du Père Lagrange - Dominicains - 9 rue Saint-François-de-Paule - 06300 Nice - France.

2 Traduction « Dieu est la raison de l’amour de soi-même ».

3 Traduction de l’Évangile : « Celui qui hait sa vie en ce monde ». Cf Évangile selon saint Matthieu 16, 25 : « Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera ».

4 lagrange (Marie-Joseph), Journal spirituel (inédit), Premier cahier ; transcrit par fr. Renaud Escande, révisé par Bernard Montagnes.

 

 

 

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« […] On peut affirmer sans erreur que le Curé d’Ars fut toute sa vie hanté par le salut, le sien et celui des autres. La première phrase qu’il dit en arrivant à Ars au petit berger : " tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel " ; c’est-à-dire, moi ton curé, je vais faire de toi un saint. Je vais te plonger dans la miséricorde de Dieu et dans sa sainteté. À peine arrivé, il se place immédiatement comme un pasteur qui conduit ceux qui lui sont confiés vers le salut. Quand il annonce à sa maman qu’il veut être prêtre, il lui dit que c’est " pour gagner des âmes au Bon Dieu ". Voilà ce que représente un prêtre pour cet enfant : plonger les âmes dans la miséricorde de Dieu afin de faire qu’elles choisissent Dieu et vivent de Lui. Mais avant d’être ce pasteur éclairé, il fut aussi, comme chacun de nous, un pécheur pardonné. » Extrait de la conférence donnée à Ars le 3 août 2006, publiée en 2007 dans les Annales d’Ars (n° 306-307) par le Père Jean-Philippe Nault, recteur du Sanctuaire d’Ars.2

 

« Si vous aimez les âmes, vous les aurez »

Journal spirituel inédit du père Lagrange

Séminaire d’Issy-les-Moulineaux, le 21 mars 1879

 

« La miséricorde et le zèle. La miséricorde commence, le zèle consomme ; la compassion que nous inspirent les souffrances du prochain est souvent le commencement de la charité ; ainsi au séminaire, quelqu’un arrive dans un milieu inconnu, nouveau : on s’applique à le consoler ; cela devient bien vite de la charité. C’est dans l’ordre, vis-à-vis de celui qui exerce la charité, et de celui qui la reçoit.

Nous sommes plus sensibles aux épreuves physiques et intellectuelles de notre prochain qu’à ses épreuves surnaturelles ; en effet nous jugeons pour lui d’après nous : nous sommes plus sensibles à nos malheurs physiques ou moraux qu’à nos misères surnaturelles.

[…] Il ne faut pas expliquer la charité de Dieu, mais la faire comprendre en la montrant. Le tout est de faire voir à une âme que Dieu est bon pour elle, qu’il l’a aimée.

Quand on aura dit de vous, qu’il est bon, profondément bon, et quand vous aurez dit, nemo bonus, nisi solus Deus3, vous gagnerez cette âme. Le zèle est la charité en ardeur, il se traduit par le besoin d’édifier ses frères : Pro eis sanctifico meipsum4 : prier pour ses frères, agir ; les œuvres de la charité, dont les formes sont infinies.

Si vous aimez les âmes, vous les aurez : c’est l’encouragement5! »

1 Le 10 de chaque mois, prions ensemble pour la béatification du père Lagrange. Demandez la prière mentionnée sur les marque-pages que vous pouvez recevoir gratuitement en vous adressant à l’Association des amis du Père Lagrange - Dominicains - 9 rue Saint-François-de-Paule - 06300 Nice - France.

3 Citation de l’Évangile selon saint Matthieu 19, 17 : « Dieu seul est bon. »

4 Citation de l’Évangile selon saint Jean 17, 19 : « Pour eux, je me sanctifie moi-même. »

5 Marie-Joseph lagrange Journal spirituel (inédit), Premier cahier, transcrit par le frère Renaud Escande, révisé par le frère Bernard Montagnes.

À l’occasion d’un voyage au Pérou du 13 au 21 avril 2009 pour développer  les liens entre le Vicariat d’Haïti et la Famille dominicaine au Pérou, j’ai pu constater l’intérêt porté à la figure spirituelle et intellectuelle du père Lagrange aussi bien à Lima qu’à Cusco.
Le prieur provincial, le frère Benigno Gamarra, m’a reçu dans le couvent du Très-Saint-Rosaire, dans le centre historique de Lima, où saint Martin de Porrès (1579-1639) et sainte Rose de Lima (1586-1617), première sainte du Nouveau Monde, vécurent des moments de grâce et charité qui ont marqué l’Amérique et l’Église universelle. C’est là que j’ai eu le bonheur de présenter la cause de béatification du père Lagrange à des frères dominicains et à des laïcs passionnés par la vie et l’œuvre du fondateur de l’École biblique de Jérusalem.

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Port-au-Prince (Haïti), le 14 mai 2009

Chers amis du père Lagrange,

Afin de promouvoir la connaissance de la vie et de l’œuvre du père Lagrange , l’Association vient d’éditer un nouveau feuillet en couleur sur le père Lagrange qui comporte une brève biographie et des citations, le tout en quatre petites pages qui peuvent être insérées dans un livre.
Vous pouvez commander ces feuillets au secrétariat de l’Association :

  • -   12 exemplaires    :    2 €
  • -   50 exemplaires    :    8 €
  • -   70 exemplaires    :  10 €
  • - 150 exemplaires    :  18 €

Ces prix concernent les envois en France uniquement. Pour les envois à l’étranger il convient d’ajouter les frais postaux. Les chèques sont à libeller à l’ordre de l’Association des amis du père Lagrange.
En cas de besoin vous pouvez téléphoner à la secrétaire de l’Association, Mme Myriam Stagnaro : 04 93 52 65 55.
Chaque mois, La Revue du Rosaire, éditée au couvent des Dominicains de Nice sous la direction du frère Didier Vernay, publie un article sur le père Lagrange. Vous pouvez suivre ainsi le développement de cette cause de béatification si chère à tout l’Ordre des prêcheurs. Vous pouvez commander à l’Association le livre que j’ai écrit sur le père Lagrange : Prier 15 jours avec le père Lagrange, Éditions Nouvelle Cité, Paris. Franco de port : 15,00 €.
Bien fraternellement dans le Christ et en saint Dominique.


Fr. Manuel Rivero o.p.
Vice-postulateur pour la Cause de béatification du père Lagrange.

Bourg-en-Bresse

Mars 1855

« Je suis né le 7 mars, jour de S. Thomas ; j'ai été baptisé le 12, fête de S. Grégoire et, selon l'usage, sans doute consacré à Marie à l'autel de la Vierge noire. Je me trouvais donc, dès le début sous la protection de S. Joseph. Ma mère m'a mis en voeu pendant trois ans, me faisant porter le bleu et le blanc en l'honneur de Marie. Quelle douce pen­sée, et n'est-ce pas l'origine de sa tendresse pour moi ! » (Journal spirituel, Autobiographie de 1892)

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Dans son Journal spirituel au 21 novembre 1879, alors qu’il était devenu novice dominicain au couvent de Saint-Maximin, le frère Marie-Joseph Lagrange écrivait :

« Les souvenirs de l’année dernière se pressent en foule dans mon esprit. À mon réveil, je revêtis pour la première fois l’habit ecclésiastique : je conjurai la Sainte Vierge de ne pas permettre que je le quittasse jamais, si ce n’est pour prendre l’habit de saint Dominique. Après la messe je fus chez le bon M. Lafuye1 pour être félicité d’abord par celui qui m’avait encouragé quand je me sentais si faible pour me donner à Dieu : il m’embrassa en me disant : . – À la récréation mes confrères me félicitèrent de grand cœur : nous étions douze nouveaux… Mon émotion fut grande en voyant les anciens du sacerdoce renouveler les promesses de leur tonsure en même temps que les plus jeunes clercs. Le bon M. Gouin2 était soutenu par M. Lafuye ou M. Vigourel3. – À midi, M. de Jonquières vint prendre place avec nous : il doit être maintenant chez les Jésuites à Lons-le-Saulnier.

Je m’étais préparé à ce grand jour par une neuvaine, bien tiède hélas, dans la chapelle du Sacré-Cœur, sur le tombeau de Paul Seigneret4 : je demandais à la Sainte Vierge, au Sacré-Cœur, et aussi à Paul Seigneret, au Curé d’Ars, à saint Dominique beaucoup de grâces pour les miens et pour moi. À saint Joseph, je demandai pour ma sœur un mari digne d’elle et craignant Dieu. » 

1 Alphonse Lafuye, P.S.S. (prêtre de Saint-Sulpice) (1840-1905) était son directeur spirituel en même temps que son professeur de philosophie.

2 Félix Gouin, P.S.S., avait alors quatre-vingts ans et mourut le 8 février 1880.

3 Adrien Vigourel, P.S.S. (1843-1927) : Voir sa notice par I. Noye dans Dictionnaire de spiritualité, XVI, 761-762.

4 Paul Seigneret (1845-1871), l'un des otages exécutés par la Commune. Voir sur lui [Joseph Bouet, P.S.S.], Paul Seigneuret séminariste de Saint-Sulpice fusillé à Belleville le 26 mai 1871, Notice rédigée d'après ses lettres par un directeur du séminaire Saint-Sulpice, 2e éd., revue et augmentée d'un grand nombre de lettres, Paris, Adolphe Josse, 1872. «Quand les jeunes aspirants au sacerdoce iront, selon le pieux usage du séminaire, prier dans la chapelle de N.-D. de Lorette, ils aimeront aussi à aller s'agenouiller près de la tombe glorieuse de Paul Seigneret. Elle leur rappellera les grands et beaux traits d'une âme sacerdotale qui leur a offert sa vie.» (p. 330)

La Transfiguration du Seigneur (Deuxième dimanche de Carême, le 8 mars 2009)


 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. Élie leur apparut avec Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » C’est qu’il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur. Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. » Soudain, regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne, que Jésus seul avec eux ( Marc 9, 2-10).

Dans son commentaire de la Transfiguration, le père Lagrange relie la scène du baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain par Jean le Baptiste, la confession de foi de Pierre à Césarée de Philippe et le dévoilement de la gloire qui est cachée sous le voile de la chair de Jésus. À Césarée de Philippe, Pierre reconnaît Jésus comme le Christ ou Messie : « Tu es le Christ » (Marc 8, 29). Au baptême, le Père s’adresse du haut des cieux à Jésus : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur » (Marc 1, 11). Tandis que lors de la Transfiguration, le Père révèle à Pierre, Jacques et Jean que Jésus est son Fils à qui il faut obéir : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ; écoutez-le. »

C’est dans la solitude et le silence, « à l’écart » – « une expression favorite de Marc » – que Jésus manifeste sa gloire aux trois disciples qui seront présents à Gethsémani : « Plus d’un Père a pensé que les témoins étaient les mêmes parce que le souvenir de la lumière éclatante devait les préserver contre le scandale de l’agonie. Pierre a été choisi, comme le chef désigné, Jean était le plus aimé, Jacques son frère ne le quittait pas et devait être le premier des Apôtres à verser son sang pour l’évangile. »
Pour le père Lagrange, Moïse est le personnage principal par rapport au prophète Élie.  Lors de l’Exode, le Seigneur s’adressait à Moïse depuis la nuée. Quand Moïse s’entretenait avec Dieu sur la montagne son visage rayonnait. Le père Lagrange perçoit dans la voix du Père la réponse à la prière de Jésus : « La réponse lui vint d’en haut, en forme d’une nuée. Cette nuée n’était pas un simple nuage. Les disciples furent saisis d’effroi lorsqu’ils la virent s’interposer entre le soleil et eux, comme pour envelopper Moïse et Élie avec Jésus. Une voix se fit entendre : “ Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le.” Alors ils comprirent que la voix était celle du Père, sortant de cette même nuée, qui autrefois, dans le désert du Sinaï, demeurait au-dessus du Tabernacle pendant que la gloire du Seigneur y pénétrait (Exode 40, 34). C’était alors une indication sensible de la présence bienveillante de Dieu parmi son peuple ; elle apparaissait une dernière fois, car désormais Dieu se manifestait par son Fils. »

LAGRANGE (Marie-Joseph), L’Évangile de Jésus-Christ avec la Synopse évangélique traduite par le P. C. LAVERGNE o.p. Nouvelle édition, Paris, Librairie Lecoffre J. Gabalda et Cie, Éditeurs, 1954, p. 283.

À l’occasion du 150e anniversaire de la mort du curé d’Ars (1859-2009)1


Dès sa tendre enfance, la vie d’Albert Lagrange a été marquée par le curé d’Ars, comme il le raconte dans son Journal spirituel. Sa mère, Élisabeth, qui avait déjà perdu deux bébés, craignant pour la vie de son fils l’avait conduit à Ars : « Je suis né le 7 mars, jour de la Saint-Thomas ; j’ai été baptisé le 12, fête de saint Grégoire et, selon l’usage, sans doute consacré à Marie à l’autel de la Vierge noire. Je me trouvais donc, dès le début sous la protection de saint Joseph. Ma mère m’a mis en vœu pendant trois ans, me faisant porter le bleu et le blanc en l’honneur de Marie. Quelle douce pensée, et n’est-ce pas l’origine de sa tendresse pour moi ! Mes parents m’ont amené en pèlerinage à Ars, le saint curé m’a béni, et peut-être guéri d’une fatigue d’entrailles. »

Selon le frère L.-H. Vincent o.p., disciple, confident et ami du frère Lagrange pendant quarante-cinq ans, le curé d’Ars aurait dit à sa maman : « L’enfant ne mourra pas, il deviendra un jour une lumière pour l’Église. » La sœur du frère Lagrange, Thérèse Lagrange, affirmait tenir ces paroles de sa mère peu avant la mort de celle-ci.

Au cours de l’été 1879, avant d’entrer dans l’ordre de saint Dominique, Albert Lagrange, alors séminariste à Issy-les-Moulineaux, avait fait avec sa mère un pèlerinage à Ars pour demander au saint curé Jean-Marie Vianney la grâce du discernement : « Pendant les vacances, j’allai à Ars avec ma mère, et je fus bien touché. »

Au couvent de Saint-Maximin, le frère Marie-Joseph Lagrange, novice, se confie à l’intercession du curé d’Ars afin d’obtenir l’humilité. Lors de la pose de la première pierre de l’École biblique de Jérusalem, le 5 juin 1891, le frère Lagrange y déposa un fragment de la soutane du curé d’Ars.

Tout au long de sa vie, le frère Lagrange œuvra pour le salut des âmes par l’interprétation de la Parole de Dieu. À la suite du curé d’Ars, il travailla à la sanctification du Peuple de Dieu. Les frères dominicains qui ont vécu avec lui témoignent de sa disponibilité quand il s’agissait d’écouter la confession d’un prêtre alors que le portier du couvent craignait de déranger ce frère si occupé par ses recherches et ses publications. À l’exemple du curé d’Ars, le père Lagrange aimait profondément le sacerdoce et les prêtres.

Le 25 mars 1992, en la fête de l’Annonciation du Seigneur, Monseigneur Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars, a demandé la béatification du père Lagrange au pape Jean-Paul II :


« Très Saint Père,

Les évêques français de la Région Apostolique Centre-Est se trouvent réunis auprès de Votre Sainteté pour leur visite ad limina. Ils en profitent pour vous soumettre un désir qu’ils partagent unanimement. Avec les frères de l’ordre de saint Dominique, ils seraient particulièrement heureux de la béatification et de la canonisation du frère Marie-Joseph Lagrange, o.p. Ce religieux est bien connu dans notre Région puisqu’il est né et a passé toute sa jeunesse à Bourg-en-Bresse, dans le diocèse de Belley-Ars.

Les évêques se réjouiraient de voir reconnue officiellement sa sainteté. En effet, dans sa vie sacerdotale et religieuse, il a su allier, avec un rare équilibre, la vigueur intellectuelle et la vie évangélique. Il a contribué au renouveau des études bibliques dans le monde catholique, publiant des œuvres dont la valeur scientifique est, de nos jours encore, universellement reconnue. Il a donné aussi un exemple magnifique de liberté et d’humilité dans la recherche de la vérité ; il a laissé enfin un témoignage héroïque d’obéissance à l’Église qui en a été constituée la gardienne.

Ceux qui l’ont connu ont souligné, particulièrement, l’attachement que le père Lagrange portait à la Parole de Dieu, aussi bien dans sa vie que dans son enseignement. On peut dire qu’à force de l’étudier et de la prier, elle était devenue la lumière de sa vie. Nous pensons que son exemple mérite d’être proposé dans l’Église d’aujourd’hui. Sa béatification inciterait certainement de nombreux chrétiens à se nourrir plus largement de la Parole biblique, à la recevoir dans l’esprit de l’Église et à la faire fructifier dans l’actualité de leur existence.

Heureux par avance de la faveur qui pourrait leur être ainsi accordée, au bénéfice de leur mission apostolique, les évêques vous expriment, Très Saint Père, leur vive gratitude avec leur plus profond respect.

Père Guy Bagnard

Évêque de Belley-Ars

En accord avec les évêques de la région Centre-Est. »

1 Voir le site Internet du diocèse de Belley-Ars : www.arsnet.org