HOMÉLIES

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Homélie donnée pour les professions, le 5 septembre 2020

Les frères Joseph-Loubens, Bruno-Thomas et Vincent-Thomas ont fait profession au couvent dominicain de Toulouse

Textes : Ph 3, 7-14 ; Mt 16, 24-28

Mes chers frères Joseph-Loubens, Bruno-Thomas et Vincent-Thomas.

En ce jour où l’Ordre fête le bienheureux Jean-Joseph Lataste et des martyrs au Tonkin, vous vous apprêtez à franchir une nouvelle marche de votre jeune vie dominicaine, celle qui vous engagera jusqu’à la mort. C’est, en quelque sorte, la dernière marche, la plus importante, celle qui vous lie au Christ définitivement. Cette dernière marche est-elle celle de l’échafaud comme pourrait le faire croire une écoute superficielle des lectures que vous avez choisies d’entendre en ce jour ? Car, il ne faut pas esquiver ce que dit saint Paul : je considère tous mes avantages (ses statuts religieux, culturel et sociaux) et qui étaient bon comme déchet. Je veux, dans la communion aux souffrances du Christ, lui devenir conforme dans sa mort. Quant au Christ, il vous dit : Celui qui veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Vous l’avez d’ailleurs physiquement mis en pratique en vous allongeant, sur le sol, les bras en croix. Et dans quelques instants, vous allez vous lier, par les conseils évangéliques, au Seigneur, dans l’Ordre des Prêcheurs, jusqu’à la mort. Alors, oui, la question est légitime. Êtes-vous en train de proclamer l’amputation masochiste de vos riches personnalités pour un avenir mortifère ? Deviendriez-vous ce que certains dans le Vodou qualifieraient de zombis, des mort-vivants ? Ou s’agit-il là de l’acte du plus grand amour, par et dans lequel, on donne sa vie pour ne plus la reprendre ?

En fait, ce que nous disent ces lectures, c’est la place paradoxale de la mort dans notre vie. Paradoxale, car, depuis que le Christ en a retourné le sens, elle peut permettre une vie pleinement abondante. Sans elle, il n’y aurait pas de résurrection et cela vaut dès cette terre. Cette histoire a commencé au jour de votre baptême lorsque, plongés dans les eaux de la mort, vous en êtes ressortis vivants, fils de Dieu ! Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que vous avez été baptisés ! Vous avez reçu les germes de la vie éternelle et la semence a grandi en vous grâce notamment à l’amour dont vous avez été comblés par vos parents, vos familles et vos amis. Et aujourd’hui vous voulez aller plus loin et faire du chemin de mort et de résurrection la loi de votre vie, faire vôtre cette autre parole du Christ : si le grain tombé en terre ne meure, il reste seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits. Ces fruits, nous le savons, proviennent du mystère pascal dans et par lequel Jésus a vaincu la mort. Il lui a donné de pouvoir porter du fruit, un fruit qui demeure pour la vie éternelle. Par lui, la mort qui était entrée dans le monde par le péché, peut devenir une porte de salut et de vie.

Suite

 

Aujourd’hui, ne voulant rien savoir d’autre que Jésus crucifié, vous voulez que tout, dans votre vie et votre personne, soit désormais nourri, transformé par la mort et la résurrection du Seigneur. Vous voulez que la Croix du Seigneur soit l’arbre de vie qui transforme votre existence. Cela signifie accepter que continue de mourir chaque jour le vieil homme qui est en chacun de nous en faisant tout passer par l’amour purificateur du Christ en croix. C’est choisir de faire passer ses désirs, ses qualités, ses capacités, par la Croix pour que celle-ci fasse mourir ce qui nous éloignerait de Dieu. C’est choisir de tout perdre pour gagner le Christ.

Vous le savez : ce n’est pas si simple. Comme les hébreux dans le désert, le tentateur nous présente comme indispensable ce qui faisait avant notre vie belle et nous aimerions reprendre nous avions donné hier. Parfois, le Seigneur vous le redonnera, transformé. Mais le plus souvent, ce ne sera pas le cas. Et heureusement car cela vous ouvrira des horizons inconnus et merveilleux ! Alors offrez sans retour, ne faites pas semblant. Comme le disait Benoît XVI, le Christ n’enlève rien, il donne tout. Faites tout passer par son amour purificateur.

Il y a une chose que vous devez résolument et fermement clouer sur la croix pour le faire mourir : c’est tout ce qui fait de nous le centre de toute chose et qui conduit au péché. Ce qui doit mourir c’est tout ce qui me sépare de Dieu. Clouez-le pour que, ce « moi-je » étant mort, vous découvriez toujours plus profondément la joie du Salut, la joie de Dieu qui prend plaisir en vous, la joie de Dieu qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que, par lui, le monde ait la vie.

Voilà ce à quoi vous vous engagez aujourd’hui. Et, j’ose le dire, cela est un signe incroyable dans le monde d’aujourd’hui qui refuse et fuit la mort, toutes les morts. Par votre profession, vous dites que la mort est nécessaire mais qu’elle n’est pas la fin de tout parce que le Christ l’a vaincue, en en retournant le sens. Vous savez que vous êtes fragiles mais que, par la puissance de la Résurrection, tout est possible. Le Christ est ressuscité des morts. Sur lui, la mort n’a plus aucun pouvoir. Et cette grâce de victoire est promise à ceux qui le suivent. De sa plénitude, vous avez déjà reçu de nombreuses grâces. Et ce n’est pas fini.

Dans les joies comme les tribulations de ce monde, vous ferez l’expérience du lien intime entre la croix et la résurrection : nous sommes livrés à la mort, dit saint Paul, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre vie mortelle. En vous, comme en chacun de ses disciples, le Christ continue de souffrir mais il est en même temps et de manière irrévocable le Ressuscité. La splendeur de la Résurrection s’y fait déjà sentir, elle est source de joie, de vie pour que vous puissiez dire avec saint Paul : je vis mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Et ce qu’il vivra par vous et en vous, ce que vous vivrez par lui, avec lui et en lui, ce sera la joie des Béatitudes. Mes frères, soyez heureux de suivre le Christ sur cette voie-là. Que ce soit l’Évangile que vous proclamerez, verbo et exemplo. Et que cela soit votre joie !

 

Si yon moun vle vin dèyè m, se pou li renonse pwop tèt li, pou li pote kwa l, pou li swiv mwen. Jezi te pale nou byen klè, li di nou wout laglwa leve byen vivan pase pa chemen lakwa. Sonje Bondye se konsa renmen nou, li te voye sèl gren pitit li a, Jezi vin sove nou. Pou li te rekonsilye nou avek Grandmèt la, li soufri pou nou, li pote blesi nan ko li. Se konsa, li te fè nou frè ak sè li ! Sa vle di si nou vle pataje kè kontan Bondye a, nou dwe pataje doulè nou nan soufrans mond lan.  Gade Manman Mari ! Li te konnen mistè jwaye, limine ak gloriye nan lavi Jezi. Men, li te konnen mistè douloure tou. Mari te blese men li pas janm sispann renmen. Epi tou, Bondye te fè Mari monte nan syèl pou kourone li renn syèl la ak tè a. Sa ban nou anpil asirans !  Sa ban nou anpil asirans men sa pa fasil ! Erezman depi sou Mòn Kalvè, Mari angaje avek nou. Paske li angaje avek nou, Mari te bannou sin Dominique zam pou konbat lavi a. Zam sa a, se chaplè a, se wòzè a. Lapriyè chaplè a se yon fason pou gade Jezi – ak tout bèl bagay Jezi fè pou nou – avèk je manman li.  Resite chaplè a se tankou mete yon mizik tou dou pou nou ka kalkile pi byen sou tout mèvèy delivrans yo. Frè mwen ! Pa janm bliye Lapriyè chaplè a. An nou mande Manman Mari bannou  sekou li, pou li bannou yon kalite kè sansib ki sanble ak kè li. Se konsa w pral pataje kè kontan Bondye a !

 

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