
On part parfois pour aider, et l’on découvre en chemin que c’est aussi soi-même que l’on vient rencontrer. À Madagascar, ce voyage avec quinze élèves devait être une expérience de solidarité et de découverte. Il fut surtout une succession de contrastes : la joie et la misère, le dénuement et l’émerveillement, les fous rires et les adieux, la foi et les réalités très concrètes d’un pays qui manque de presque tout.
Et, accessoirement, il y eut mon estomac.
Deux semaines et demie après notre arrivée, me voici donc à 4h15 du matin, un comprimé de Lopéramide à la main, avec quatorze heures de taxi-brousse devant moi.
Majunga, côte Nord Ouest de Madagascar, samedi 1er août, 04h15. Mon réveil sonne. Il ne faut pas traîner. Le taxi-brousse pour Tana part dans 45 min. J’avale mon 3e comprimé de Lopéramide en 24h. Je ne veux pas prendre de risque. J’ai toujours mal au ventre. Le passage aux toilettes n’a pas donné de résultats satisfaisants. La notice du médicament est claire : « deux comprimés la première fois, puis un après chaque selle liquide, pendant 48h max., mais pas plus longtemps, sinon ça risque de tout boucher. » Avec un trajet en taxibrousse estimé entre 14 et 18h00 devant moi, je n’hésite pas. Je prends mon comprimé.
Cela fait deux semaines et demi que je suis à Madagascar, et je crois que cela fait deux semaines que j’ai mal au ventre. Ce n’est pas constant, ce ne sont pas des douleurs fortes. Mais ça vient par à-coups et ça provoque une sorte de stress permanent. C’est un comble. On est venu avec 15 élèves de Lacordaire n’ayant jamais mis les pieds ici et c’est mon estomac qui est le plus malmené ! La première semaine avait pourtant bien commencé. Le voyage a été organisé par l’association Graines de Joie, une asso marseillaise qui parraine des enfants et des projets dans les pays pauvres. Tout se déroulait sur des roulettes. Dès le premier jour, notre mission dans un petit orphelinat nous a fait franchir le fossé économique et culturel qui sépare des élèves de premières à Lacordaire d’avec des orphelins malgaches âgés entre 5 mois à 17 ans. Les malgaches aiment danser. À notre arrivée, on s’est mis en cercle (les 39 enfants, nos 15 élèves et les encadrants) et chacun devait esquisser quelques pas de danse, seul, au milieu du cercle tandis que les autres scandaient une interminable litanie maloutouné, maloutouna. Je me suis dit que la semaine allait être longue. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Les locaux n’étaient pas beaucoup plus à l’aise que les français si bien que, lorsque l’exercice s’est achevé 15 minutes plus tard (ressenties 50), le fossé culturel était comblé. La mission pouvait commencer.
Il s’agissait tout simplement de passer du temps avec les jeunes parrainés par l’association. On a donc joué (beaucoup), mangé
(bien), cuisiné (un peu), chanté
(énormément et merveilleusement), prié (avant les repas), perdu au foot, gagné au foot, tressé des bracelets et des cheveux, découvert des jeux malgaches, inauguré une école dans un quartier isolé, perdu un temps infini dans les bouchons,
subi les coupures d’électricité, pris des douches au seau et à l’eau froide, mangé du riz, et mangé du riz, et mangé du riz.
Cependant, derrière ces activités banales, nous avons rencontré une humanité qui ne l’est pas. Des enfants toujours souriants malgré des histoires personnelles plus tragiques les unes que les autres. Des adolescents qui sont comme nos adolescents : le cœur sur la main, à la fois un peu timides et excessivement affectueux. Des éducateurs dévoués comme des saints. Je pense ici à Solange et Lena, les responsables de l’orphelinat qui bossent quelque chose comme 80h/semaine pour s’occuper de tous ces enfants comme si c’était les leurs. Nous avons goûter une charité douce et familiale dans cet orphelinat de Malaza. Ce fut un privilège de découvrir ce paisible petit oasis au milieu du désert d’ordures, de chaos et de misères qu’est devenue Tananarive.
Dix jours plus tard, les adieux furent déchirants. Lohan ne savait plus quelle musique mettre sur l’autoradio de notre bus : les chansons joyeuses étaient perçues comme des profanations, les tristes comme de la surenchère. Y avait trop d’émotions. Émotions auxquelles il fallait adjoindre une petite pointe de stress puisqu’à peine un kilomètre après l’orphelinat, nous nous sommes retrouvés coincés dans les bouchons. Coincés cela signifie les voitures à l’arrêt. Total. Moteurs éteints. Dans le sens opposé, un flot de 4×4, de zébus, de vélos, de motos, de taxi-brousses surchargés, de camions débordants, de piétons qui se faufilent semble ne jamais s’arrêter mais nous, on ne bouge plus d’un centimètre. Et puis, sans que l’on sache ni pourquoi ni comment, de temps en temps, ça redémarre… sur 100m. Tout le monde se précipite. Ferdinand notre chauffeur tente même quelques dépassements à la marseillaise mais on finit toujours par être de nouveau bloqués. Et l’heure tourne. On ne peut pas rater l’avion cette nuit car le prochain est dans 48h… Finalement, on réussit à rejoindre un croisement plus dégagé et Ferdinand nous engage dans des voies de traverses. On fait des pointes à 90km/h – ce qui en ville, avec les nids de poules, les zébus, les chiens, les camions subclaquants, les piétons, les échoppes et les autres véhicules constitue un exploit notable, et efficace. Nous sommes à temps à l’aéroport. Les élèves passent la douane avec Mr Rougier. Je reste seul dans le hall. Fin du premier acte.
Une demi-heure plus tard, Tatiana, mon ange-gardien à Tana, une laïque dominicaine, me retrouve et m’accueille chez elle, en attendant mon taxi-brousse pour Majunga. Il part le lendemain en fin d’après-midi et m’emporte dans une autre dimension. Parcourir de nuit les 570 km qui séparent la capitale de ce port sur le canal du Mozambique constitue une véritable mise à l’épreuve psychologique. Pendant des heures et des heures, on est secoué par des accélérations forcenées (pour doubler des camions croulants), par d’incessants coups de freins (pour éviter le choc des nids de poules), par de violents coups de volants (pour esquiver les multiples obstacles qui interdisent la ligne droite), ou tout simplement par les prières ferventes que l’on adresse au ciel quand le chauffeur se lance à fond dans un dépassement à l’aveugle (en virage et en côte, car de nuit il anticipe les phares…). Au bout de deux ou trois heures, une première pause est accordée aux voyageurs. Tout le monde descend se soulager la vessie. Petit choc culturel : on fait cela tous ensemble, au bord de la route. Hommes ou femmes. Il n’y a pas de discriminations. Le redémarrage tarde. « On attend la gendarmerie qui va nous escorter, en convoi avec d’autres taxi-brousses, sur la prochaine section. Il y a eu des attaques ces derniers mois. » m’explique mon voisin. « Super. » Deuxième petit choc. Mais tout se passe bien. A la pause suivante, je fais connaissance avec des religieuses qui appartiennent à la même congrégation qu’une sœur que j’avais accompagnée à la Réunion. Dieu est grand mais le monde est petit ! Le taxibrousse repart encore et s’enfonce dans la nuit. J’arrache quelques instants de sommeil à ces heures surréalistes. On arrive à Majunga en avance, après un trajet de 14h et 40 minutes.
C’est un très bon score, les frères m’attendaient deux heures plus tard.
Fr. Benoît-Joseph a la gentillesse de venir me chercher à la gare routière en « bajaj. » Cette technologie indienne associe le moteur et le guidon d’un scooter avec la banquette d’une Smart. Ces tricycles jaunes sont partout à Majunga. Il faut reconnaître qu’ils sont fort pratiques. Une course en ville coûte 1 500 Ariary par personne, environ 30 centimes et ils vous emmènent partout.
Frère Clément Binachon
En dix minutes nous sommes au couvent. Le charme de la vie sous les tropiques opère instantanément. Les frères ont repris et admirablement restauré une ancienne maison de formation des Spiritains à l’abandon depuis quelques décennies, sur le terrain juste audessus de l’évêché. Presque au sommet de la colline historique de Majunga, leur grand terrain est couvert d’une multitudes d’arbres majestueux : manguiers, lataniers, frangipaniers et surtout baobabs ombragent le sol rouge où les plantations n’ont pas encore poussées. Au loin, la rade du Betsiboka se laisse deviner. Chaque jour, à l’aube et au crépuscule, une kyrielle de pirogues à balancier emportent les pêcheurs vers le large tandis que le fascinant ballet de leurs voiles triangulaires laissent rêveurs les marins restés à quai…. Après dix jours dans le chaos de Tananarive, ce spectacle est une thérapie.
Mon caractère plutôt actif reprend toutefois vite le dessus. Dès le lendemain, un rendez-vous est pris avec sœur Zita qui me présente son apostolat. Attachée à l’aumônerie de la prison, elle a vite pris conscience des traumatismes que cette dernière engendrait chez les mineurs incarcérés. A Mada, les coupables de vol sont emprisonnés quelque soit leur âge. Même si c’était pour manger, un vol c’est un vol. Des enfants de 12 ou 13 ans se retrouvent ainsi en taule, entassés par dizaines, et pour plusieurs mois, dans une sordide pièce de béton sale, à peine nourris, et sans aucune hygiène. Les moins malheureux peuvent recevoir la visite de leur famille et quelques suppléments de nourriture. Les orphelins ou les campagnards sont livrés à eux-mêmes, et aux autres captifs. Voyant l’état dans lequel ils sortent, sœur Zita a monté une petite association pour la réinsertion de ces mineurs après leur incarcération. Je visite leur petit centre, aattenant au noviciat de sa congrégation. La simplicité et le courage de la sœur m’édifie. Sa supérieure me demande quand est-ce que je peux venir célébrer la messe chez elles. Un rendez-vous est pris pour le lendemain.
Pour optimiser ma visite, les sœurs me demandent en outre leur faire une petite conférence sur la vie spirituelle et l’ascèse. Thème magnifique ! Je m’exécute avec plaisir et même si leur mère-maîtresse doit traduire de temps en temps mes propos en malgache pour s’assurer que toutes m’ont compris, je suis frappé par la proximité spirituelle qui nous rassemble. Nous passons deux heures sur l’introduction de l’Introduction à la vie dévote et là encore, le fossé culturel semble comblé. Il y a encore beaucoup de vocations religieuses à Madagascar mais le pays manque cruellement de pasteurs et de théologiens. La fragilité du système éducatif et le manque de moyens font que les formateurs sont rares. J’étais arrivé sceptique sur notre utilité là-bas, je repars convaincu du contraire.
Les jours suivants passent trop vite. Entre une mini-excursion maritime sur un vieux caboteur, un déjeuner mémorable à la plage et la préparation des cours de culture religieuse pour les 3e à la rentrée, le temps file. Et l’heure du retour sonne déjà.
Bienvenue sur le site de la Province de Toulouse des Dominicains. Saint Dominique a fondé notre famille religieuse il y a plus de 800 ans. Aujourd’hui, l’Ordre des Prêcheurs rassemble des frères engagés. En effet, nous nous consacrons à la prière et à l’étude. De plus, nous annonçons la Parole de Dieu. Découvrez notre histoire et notre spiritualité. Ensuite, explorez nos missions en France et à l’international.
Les Dominicains sont des religieux catholiques. Concrètement, notre vocation se tourne vers la recherche de la Vérité (Veritas). Par exemple, nous suivons les traces de Saint Thomas d’Aquin. Ainsi, notre vie cherche le dialogue constant avec nos contemporains. Cependant, contrairement aux moines cloîtrés, les frères prêcheurs vivent au cœur des villes. C’est pourquoi nos couvents restent ouverts sur le monde. Notre vie s’appuie sur quatre piliers :
Désormais, la famille dominicaine porte de multiples projets. Depuis nos lieux de vie, nous animons des paroisses et des aumôneries. C’est notamment le cas au couvent de Marseille ou à Bordeaux. De même, nous soutenons des centres de solidarité. Pour tout découvrir, n’hésitez pas à consulter le programme de nos activités.
Par ailleurs, nous sommes très présents dans le monde numérique. Notre but est de porter l’Évangile au plus grand nombre. Par exemple, le portail Retraite dans la Ville propose une halte spirituelle en ligne. De fait, des milliers d’internautes nous suivent toute l’année.
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